Un premier mai à Istanbul

3 May

Environ 200 000 personnes manifestaient pacifiquement hier sur la place Taksim à l’occasion de la fête du travail. La journée s’est déroulée sans heurts, pour la première fois depuis longtemps…

Vu de l’extérieur, cela semblait trop beau pour être vrai. Tous les courants et les populations possibles étaient représentés : partis politiques, organisations non-gouvernementales, des supporters de football (qui sont particulièrement véhéments en temps normal en Turquie), les minorités, les personnes âgées ou encore les enfants…

Tout le monde avaient quelque chose à dénoncer, une cause à défendre, un drapeau a agiter, un cri à pousser et une raison d’être là. Les touristes qui avaient le malheur de passer par Taksim sans savoir a quoi s’attendre se sont soudainement retrouvé face à tout un quartier bloqué par des barrières de police. Il fallait subir des contrôles réguliers pour accéder à la fameuse place stambouliote, notamment par la rue Istiklal. Pour certains, de telles mesures de sécurité étaient surprenantes. La fête du travail est rarement aussi impressionnante de nos jours sur le vieux continent. Les touristes du moyen orient ne sont pas vraiment familier avec cette date et ce qu’elle signifie. On a notamment pu voir une femme égyptienne, en vacance à Istanbul, demandant aux passants ce qu’il se passait. Difficile pour les non turcophones de comprendre ce qui était scandé par la foule. Mais il n’était pas nécessaire d’être turc pour ressentir l’intensité de ce qui se déroulait. La raison principale que partageaient tout ces gens de se réunir en ce premier mai s’explique par l’importance de ce jour dans l’histoire de la Turquie. En 1977, à cette occasion, 34 personnes ont été tués par des tireurs qui reste aujourd’hui encore non identifiés. La panique suscitée par les coups de feu avait provoquée une véritable débâcle et des personnes ont été blessées. Après cet évènement tragique, l’accès à la place Taksim était interdit le 1er mai, provoquant la colère de la population. L’année dernière, l’autorisation demandée par les partis de gauche depuis  a finalement été accordée. Et le 1er mai 2010 avait alors été célébré, dans une atmosphère chargée en tension, comme on peut l’imaginer.

Voila pour le contexte. Les médias turcs ne savaient donc pas trop à quoi s’attendre pour cette année. Dés le début de la matinée, arrivant des quatre axes principaux qui mènent à Taksim, les manifestants faisaient entendre leurs voix. Chaque groupe avait ses propres bannières,  ses propres chants et slogans. A mesure qu’ils arrivaient, la place se remplissait toujours plus, jusqu’à ce qu’elle ne soit plus qu’une marée humaine, colorée et bruyante. Au milieu de la foule, on pouvait voir des kurdes danser; des écologistes agiter des drapeaux anti nucléaires; des personnes âgées observer mi-intrigués, mi-amusés le groupe des gays et des lesbiennes en tenues fluos et fleuries. Plus loin, les arméniens chantaient tandis que des supporters de Galatasaray brandissaient un drapeau anti-fascistes. Tout cela sous la surveillance de Che Guevara, présents sur tous les tee shirts et drapeaux, sans distinction de génération.

Les panneaux de promotion d’Istanbul 2010 (comme capitale européenne de la culture), toujours présents partout dans la ville, promettent aux touristes de trouver l’inspiration dans cette ville millénaire. Il faut bien admettre que, de voir ces milliers de gens réunis malgré leurs opinions divergentes, mués par un même élan citoyen, était définitivement inspirant.

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