Comprendre la politique turque…

1 Apr

Depuis les évènements en Egypte, les yeux de la scène internationale se sont tournés vers la Turquie. Les pays occidentaux particulièrement, lui lance un regard insistant qu’on pourrait sous titrer ainsi : “Dis donc toi, le pays musulman mais miraculeusement démocratique et laïque, tu ne veux pas montrer à tes petits copains comment tu fais?!”. Car c’est bien cette vision simplifiée qui est partagée par tous. Les journalistes et intellectuels turques, auprès de qui j’ai cherché à mieux comprendre les choses, se plaignent tous de ce raccourci emprunté par tous les médias internationaux. Leur reproche : ils ne cherchent pas à comprendre au delà de ce qu’ils ont envie de voir. On pourrait croire qu’ils se sentent flatté par cette image d’exception musulmane démocratique. Même pas. Car en vérité, la Turquie est un pays divisé. J’ai rencontré trois journalistes pour en savoir plus.

L’indépendance judiciaire est bafouée, la liberté de la presse piétinée, les droits de l’homme ne sont pas respectés et l’intolérance et l’obscurantisme religieux s’accentuent “.


Ali Sirmen, 72 ans, journaliste pour Cumhuriyet (traduisez : “La République”) a beaucoup de reproches à faire au gouvernement actuel constitué de membres du parti AKP.  Il parle d’un pouvoir “autoritaire”  et dénonce une pratique qui revient à “arrêter les gens sans leur donner de motif d’abord pour les juger par la suite“. Lui même emprisonné à trois reprises sur une durée cumulée de quatre ans, il raconte “J’ai rendu visite à certains collègues en prison et leur condition sont pires que celles que j’ai connu sous le régime militaire. Etre enfermé sans raisons valables est une sorte de torture.”   Il a bien conscience que ce gouvernement est populaire, mais il a son avis sur ce sujet : “En Turquie comme partout, la répartition des votes se fait en fonction du niveau d’éducation. Le problème est qu’il reste très bas dans beaucoup de régions.”

 

“L’AKP est le parti de ceux qui n’étaient pas entendus auparavant. Il n’est pas parfait, mais il est pro-democratie.”

En désaccord avec Ali Sirmen, c’est ainsi que  Robert Koptas voit les choses. Rédacteur en chef du journal arménien Agos. Publication qui lutte pour les droits de cette minorité dont le célèbre fondateur, Hrant Dink, a été assassiné en 2007 par un jeune activiste d’extrême droite devant les locaux de la rédaction. Il explique que ceux qui sont contre le gouvernement actuel sont, selon lui membres d’une : “classe moyenne moderne.” Et d’ajouter : “Ils sont contre l’AKP parce qu’ils ont peur pour leur mode de vie occidental. Je les comprends, mais leur sentiment est anti-démocratique. Certains voudraient un coup d’état militaire pour renverser le gouvernement actuel et ça, c’est inacceptable. Les militaires sont armés, le gouvernement lui, ne l’est pas. De plus, si l’armée intervient, on peut de nouveau reculer de 30 ans par rapport aux progrès qui ont été faits jusqu’à maintenant en terme de démocratie“.

Kursat Bumin est du même avis que son jeune confrère Robert Koptas. Journaliste pour Yeni Safak depuis 1995, il affirme : ” Notre gouvernement est laïque. Il est vrai que l’AKP a proposé quelques lois basées sur la religion ces dernières années, mais le conseil constitutionnel les a refusées. Ce genre d’institutions ainsi que l’armée sont des barrages qui empêchent ce gouvernement de devenir islamique. Pour moi l’armée est la gardienne de la démocratie du régime“. Pour lui le véritable problème est plus le kemalisme persistant au sein de la Turquie (bien que Mustafa Kemal Ataturk, le fondateur de la république soit décédé en 1938). Présent dans tous les bâtiments officiels, en portrait chez bien des particuliers, Ataturk est aujourd’hui encore très admiré. L’insulter est d’ailleurs interdit par la loi depuis que son successeur et disciple, Mustafa Abdülhalik Renda, a légiféré à ce sujet. Kursat Bumin s’impatiente : “Toutes les statues d’Ataturk partout, c’est une véritable pollution visuelle, il faut être plus moderne désormais. Une idéologie officielle n’a pas sa place dans une démocratie. ”

Si ces opinions sont représentatifs de la division inhérente au peuple turc, il est cependant difficile de quantifier le pourcentage de personnes qui se situent dans chaque mouvance. A Istanbul en tout cas. Car dans le reste de la Turquie, particulièrement dans les campagnes, le doute n’est pas permis. Et s’il y a bien une chose sur laquelle ces trois hommes sont d’accord, c’est que la majorité va l’emporter aux prochaines élections présidentielles dans quatre mois. Comme elle l’a fait ces dix dernières années…

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