Ode au Reina

21 Jan

reina

Rappelez vous de ce jour où vous vouliez désespérément faire un bowling, un karaoké, essayer ce nouveau petit café qui vient d’ouvrir ou voir cette expo qui a l’air génial. Vous avez fait le tour de votre répertoire pour trouver quelqu’un pour vous accompagner mais en vain, pour une raison qui vous échappait complètement, personne n’était intéressé. Ou alors, vos amis n’avaient tout simplement pas le temps.

C’est exactement ce qui s’est passé pour moi avec le club Reina, à Istanbul. Alors en Erasmus, j’en avais beaucoup entendu parlé. Le côté select et branché de l’endroit, l’impression de danser sur le Bosphore avec une vue imprenable sur le célèbre pont suspendu de la capitale culturelle turque… Je n’aurais pas éli l’endroit comme mon QG (par manque de moyens entre autres) mais j’avais les yeux qui pétillaient à l’idée d’aller me la péter dans cet endroit unique.

Malheureusement mes potes étaient soit pas intéressés, soit trop occupés. Jusqu’au jour où un couple de mes meilleurs amis de la fac m’ont dit qu’ils étaient chauds. Je me rappelle avoir fait tout un foin, avoir passé un temps fou à me pouponner, excitée comme une puce au salon de la moquette à l’idée d’enfin rayer un élément de ma bucket list stambouliote.

Avec mon mec de l’époque et mes amis, nous sommes grimpés tous les quatre dans un bus et avons marché jusqu’au Reina. Je me souviens d’avoir senti les vibrations des basses avant même de passer l’entrée, sombre et clinquante. Je me souviens d’avoir vaguement tenté de caché mon émerveillement une fois arrivée sur le dance floor, les yeux rivés sur le point illuminé. Je me souviens du cocktail, des fous rires, du cigare que mon pote avait dégoté pour l’occasion.

J’ai passé une excellente soirée au Reina, ravie d’avoir pu, moi aussi, mettre les pieds dans cette institution de la vie nocturne d’Istanbul.

Le 31 décembre 2016, j’étais au fin fond de la Nouvelle Zélande sur le point de commencer le compte à rebours du nouvel an quand j’ai vu l’alerte attentat sur mon téléphone. Mon cœur a sauté un battement. Comme cela avait été le cas le 7 janvier et le 13 novembre 2015 et bien (trop) d’autres fois ensuite. Cette sensation de suffoquer, la précipitation pour vérifier si mes amis se sont déjà déclarés en sécurité sur Facebook, l’envoi de messages inquiets, la rage… Cette routine que nous connaissons tous désormais trop bien.

Un de mes amis étaient dans les environs ce soir là. Depuis, il a partagé tous les sentiments différents qu’il a traversé au fur et à mesure du temps. C’est un mec est fantastique. L’incarnation même de la vie, d’un esprit vif et curieux, d’une culture incroyable et d’une extravagance ravageuse. Il a été tour à tour atterré, en colère, résolu et écœuré par la désinvolture des journalistes étrangers envoyés sur place. Il est en deuil, et moi aussi.

Avec cet évènement j’ai découvert une fois encore la véracité du dicton qui dit “loin des yeux, loin du coeur”. Istanbul n’a rien a envier à Paris en ce qui concerne sa richesse, sa modernité, sa douce folie et sa magie. Et pourtant j’ai une fois encore l’impression que le sort de cette ville n’intéresse personne. L’indifférence me blesse.

J’ai beaucoup tourné et retourné les pensées dans ma tête avant d’écrire ce texte. Je me suis dit que mon histoire n’intéresserait personne, que, le temps passant, il devenait trop tard, et beaucoup d’autres choses encore. Mais j’ai finis par me décider pour faire passer un message :

Allez à Istanbul.

Si ce n’est pas encore fait, prenez un billet d’avion pour votre prochain weekend en famille, entre potes ou en amoureux.

Vous aurez, vous aussi les yeux écarquillés devant l’aura majestueuse et imposante de Sainte Sophie et de la mosquée bleue, face au charme toujours présent du grand bazar, vous serez étonné par la vie qui règne 24h/24 dans l’artère d’Istiklal, revigoré par la brise en traversant le Bosphore dans un des ferrys et oublierez toute la merde de ce monde sur un des nombreux dancefloors qui dominent la ville.

Les stambouliotes méritent de se sentir soutenus, admirés, célébrés pour leur chaleur, leur intelligence et leur courage. Et Istanbul mérite d’être vue, sans craindre le pire qui peut aujourd’hui arrivé partout, et avant, peut être, et à mon grand désespoir, qu’il ne soit trop tard et que la ville se meurt de tant d’assauts.

Lettre de Mazlum Tekdağ, prisonnier en grève de la faim

29 Oct

“Our demands will either be accepted or the strike will end in death”

Le parti turc pour la paix et la démocratie publie sur son blog une lettre reçue par leur membre Mazlum Tekdağ qui a commencé une grève de la fin en septembre. Lancé par plusieurs prisonniers à travers le pays, ce mouvement de protestation s’est initialement mis en place pour protester contre l’emprisonnement en isolation de Abdullah Oçalan, leader du parti kurde PKK. Suivie et relayée, cette grève fait aujourd’hui office de nouvelle tentative pour les partisans de la cause kurde de faire entendre leur voix.

Voici un extrait traduit de la lettre de Mazlum Tekdağ, rédigée à l’intention de Gultan Kisanak, co-présidente du parti :

Ma chère soeur, tu dois avoir entendu la nouvelle. Avec un groupe de camarades, nous avons commencé une grève de la faim sine die le 12 septembre 2012. Nous sommes 15 pour l’instant. En dehors de Tayip et moi, tu ne dois pas connaitre les autres. […]

Nous n’avons pas mangé depuis la semaine dernière. Cette fois nous sommes déterminés ma soeur. Si notre demande n’est pas écoutée nous mourrons. Nous sommes sérieux. Nous avons expliqué cela dans tout nos textes et pétitions et nous l’avons aussi déclaré au public. Personnellement, je me suis déjà préparé à ce possible résultat et je pense que les autres aussi sont prêts. Tant que nous garderons cette volonté  cette fois, cet espoir et cette détermination, on ne se préoccupera ni de nourriture ni du monde. 

C’est tellement dommage que nous devions passé par tellement de douleur et de pleurs. Ce malaise causé par la guerre nous affecte tous. Nous devons mettre fin aux morts et aux bains de sang. La bataille pour la liberté du peuple kurde est toujours supprimé par des moyens injustes et des pratiques irrespectueuses de la loi. La langue, la culture, l’identité du peuple kurde est ignorée. Ses demandes politiques sont totalement isolées et liquidées par des actions politiques et militaires. Nous devons résister à ces pratiques. […] Le procédé actuel est chaotique. Difficile d’anticiper son évolution et les résultats qu’il va entraîner. Nous essayons donc de prendre part à la lutte en affaiblissant nos corps. Enfermés par ces quatre murs, il n’y a pas grand chose d’autre que nous pouvons faire contre la cruauté des tyrans.    

Ma chère soeur, je ne sais ni quand ni comment cette grève se terminera. Quoi qu’il en soit, je ne perdrais jamais ma foi, ma morale et ma confiance en notre bataille. Toi et nos amis avec qui je me bat, vous m’encouragez dans cette voie. Je vais arrêter d’être bavard maintenant. Je ne veux pas t’embêter. Si un jour nous nous revoyons, nous préparerons un repas ensemble et je n’ai pas changer d’avis sur ta coupe de cheveux ! […]

C’est tout pour le moment, nous t’aimons tous.”

Pour lire l’intégralité de la lettre en anglais : http://bdpblog.wordpress.com/2012/10/28/mazlum-tekdags-letter/

Etre Erasmus à Istanbul – La vie quotidienne

24 Oct

De tous les pays disponibles en Erasmus, la Turquie est sans nul doute celui qui impose le choc culturel le plus important. C’était la raison de mon choix, et je ne l’ai pas regretté. Istanbul est la ville la plus vivante où il m’est jamais été donné d’aller. D’un autre côté c’est aussi la première métropole dans laquelle je me suis installée.

Y vivre est un tourbillon permanent de découvertes et d’animations en tous genres, de jour comme de nuit. Culturellement, politiquement, socialement… Istanbul ne dort jamais. Et c’est ce qui fait son caractère. Capricieuse, cette capitale (au sens culturel du terme) vous montre différents visages selon le temps (aussi bien la météo, que le temps qui passe). Avec son urbanisme chaotique, elle vous montrera ce que vous vous attendiez à voir dès les premiers jours. Pour ce qui est de ses recoins secrets, en revanche, c’est une autre histoire. Telle une quête perpétuelle du St Graal, il faut fouiller, fouiner, sortir des sentiers battus, marcher… Pour trouver des endroits magiques, et d’autres, plus simples, qui deviennent des repères et permettent de s’approprier le lieu, de se sentir un peu chez soi.
Le climat est à peu près le même qu’à Lyon par exemple, à une chose près : le niveau d’humidité. Si vous pouvez avoir 12° sur le thermomètre un jour où il fait aussi 12° à Lyon, les vents humides des abords du Bosphore entraineront un ressenti plus autour de 8-10°, selon les jours et leurs forces. A savoir : si le froid est humide, la chaleur l’est aussi.

Etre Erasmus à Bilgi, Istanbul

24 Oct

Vous êtes ou vous apprêtez à devenir étudiant erasmus à Bilgi,  la prestigieuse université internationale stambouliote, voici quelques observations sur la vie universitaire qui pourraient vous intéresser. Elles sont basées sur ma propre expérience (à prendre en tant que telle) après y avoir passé un semestre en 2011.

La vie universitaire (et ses affres…)

Récente, moderne, privée, Bilgi est une très bonne université. Ses trois campus sont agréables, particulièrement celui de Santral, certes éloigné du centre, mais dont les espaces verts et la modernité des bâtiments en font un endroit agréable où il fait bon étudier. A Dolapdere, le campus plus central, se trouve le bureau des relations internationales avec lequel vous devrez communiquer assez régulièrement, mais aussi les salles de sports (danse, basket et musculation) et la piscine couverte. Enfin, à Kustepe, le campus le moins populaire (pour ses locaux et sa situation), on trouve les bureaux des responsables administratifs qui s’occupent notamment des formalités d’inscriptions…
Système administratif :
Celui-ci est un peu alambiqué. C’est sans doute à cause de cela que j’ai été acceptée à Bilgi seulement pour un semestre quand j’avais demandé un an. Il m’aura fallu au total un an de travail, de négociations, de paperasses… pour arriver à avoir une confirmation définitive de mon départ en Janvier.
Une fois sur place les choses ne sont pas plus évidentes. Il est, bien sûr, nécessaire de s’inscrire physiquement. A ces fins un rendez vous vous est donné à Kustepe, sans que vous soit vraiment expliqué le lieu où il se déroulera. Evitez d’être en retard ! Là, suite au remplissage de quelques formulaires et après vous avoir pris en photo, on vous fournira une carte d’étudiant (indispensable, notamment pour rentrer dans le campus de Dolapdere) et, de façon aléatoire, certains ont droit à une carte de transport qui vous permet de payer un tarif réduit. Ne pas hésiter à la demander si on ne vous en parle pas.
Mais c’est après cette étape que les choses se compliquent. Il s’agit maintenant de replonger une nouvelle fois dans le catalogue des cours proposés. Ils sont très nombreux. Le problème qui s’est posé à la majorité des Erasmus est qu’il est très difficile de trouver des cours qui soient véritablement en anglais (même s’ils ont été présentés en tant que tel dans le catalogue). Et il faut aussi se méfier des cours qui pourraient être annulés, faute d’avoir atteint le nombre minimum d’élèves. Un rendez vous sur internet vous est ensuite donné, et là les étudiants ont une heure pour enregistrer les cours choisis, sachant que :
– Le professeur de chaque cours choisi doit vous avoir donné un accord verbal suivi d’une confirmation dans le serveur intranet, sans quoi l’enregistrement du cours posera problème au dernier moment, et il s’agira alors de trouver le professeur en question et de lui demander de retourner sur son ordinateur pour redonner son consentement. Le tout dans un labs de temps très limité avant que votre rendez vous en ligne n’arrive à sa fin.
– Votre « advisor » doit avoir lui aussi valider tous vos choix verbalement ET sur le serveur. Il est censé vous aider durant toute la procédure.

Le déroulement des cours :

Cours d’une durée de 3 heures : 2 heures de cours données par le professeur + 1 heure de questions réponses avec l’assistant du professeur.
De manière générale les cours que j’ai suivis ont été très interactifs, le rapport professeur-étudiant est beaucoup plus intéressant qu’en France, les professeurs sont d’ailleurs très accessibles et n’hésitent pas à donner leur numéro de portable à leurs étudiants. Sans que la relation en soit moins respectueuse pour autant. Les sujets d’enseignements sont aussi beaucoup plus modernes. Et le travail demandé est prenant aussi bien au niveau du temps que de l’intérêt suscité.
Etudier à Bilgi a été ma meilleure expérience étudiante, très enrichissante et stimulante au point de vu de la réflexion.

Etre Erasmus à Istanbul – Telecommunications

24 Oct

Quelques conseils au niveau des telecom si vous êtes ou pensez à devenir Erasmus à Istanbul…

Sujet délicat et relativement obscur. Il serait apparemment possible en enregistrant son téléphone français auprès d’une compagnie turque (et après l’avoir préalablement débloqué en France) de le rendre compatible avec une carte sim turque. Pour certains cela marche, pour d’autre cela a marché une semaine, d’autres enfin attendent toujours. La solution la plus simple à mon avis est de se rendre dans une petite boutique non officielle de téléphonie et d’acheter un téléphone de seconde main (le mien m’a couté une vingtaine d’euros) et d’utiliser une carte sim Turkcell (la compagnie au réseau le plus développé en Turquie) achetée dans un magasin officiel au prix de 5 euros. Ensuite il suffit de recharger au comptoir des magasins (très nombreux partout dans la ville). Le prix de la minute est assez faible, en revanche le prix du texto est d’environ 0,20 TL. Il est cependant possible de souscrire après rechargement à une option 5000 sms utilisables sur un mois pour 12 TL (Il suffit, après rechargement, d’envoyer un sms avec un code à un numéro spécial, et les 12 TL seront « prélevés » de la somme totale de votre rechargement pour n’être consacrés qu’aux 5000 sms. A vous de recharger d’un montant supérieur à 12 TL si vous souhaitez aussi passer des coups de fil. Renseignez vous auprès d’un vendeur anglophone en magasin, il y en a toujours un.) Il suffit donc de se rendre tous les mois à votre boutique Turkcell la plus proche pour recharger à votre guise, sans engagements.

Etre Erasmus à Istanbul – Santé

24 Oct

Quelques conseils pour tout ce qui concerne la santé si vous êtes ou pensez à devenir Erasmus à Istanbul…

Plusieurs hôpitaux étrangers sont situés dans le centre d’Istanbul (Hôpital allemand par exemple). N’ayant pas eu l’occasion de m’y rendre personnellement, je peux seulement répéter ce que j’ai entendu à leurs sujet : il n’est pas toujours facile d’y trouver du personnel anglophone, francophone ou germanophone. Cela dit les soins y sont apparemment de bonne qualité. Pas d’inquiétude à avoir donc. Les prix des médicaments en pharmacie sont proches de ceux pratiqués en France. La Turquie n’étant pas compté comme faisant partie de la zone Europe, j’ai souscris un contrat international à la mutuelle de la LMDE. Ce contrat de 7 mois m’aura couté 17 euros par mois.

Etre Erasmus à Istanbul – Budget

24 Oct

Quelques conseils pour le budget si vous êtes, ou pensez à devenir, un étudiant Erasmus  Istanbul…

Au jour d’aujourd’hui le taux de change est de :

1 euro = 2,50887344 lires turque

La vie est un peu moins chère qu’en France mais, bien sur, tout dépend des quartiers (les boutiques de vêtements de la rue Istiklal, à Taksim, pratiquent les mêmes prix que ceux trouvés en France). Cela dit, il est possible de manger dans un restaurant un peu chic dans ce même quartier pour une quinzaine d’euros par tête. Enfin, une fois sorti des sentiers battus, le prix d’un repas peut descendre en dessous des 5 euros et toutes sortes d’articles peuvent être trouvés à des prix défiants toute concurrence. Cela dit la qualité n’est pas toujours de mise. Quant aux courses du quotidien, les supérettes pratique des prix raisonnables, mais c’est encore sur les marchés que l’on trouve les produits les plus frais et à des prix dérisoires (cf. marché de Tarlabasi). Les transports sont chers.
La plupart des banques prélèvent entre 4 et 6 euros par retrait (quel qu’en soit le montant) à l’étranger et notamment en Turquie. J’ai pour ma part souscrit à un contrat Jazz international disponible pour les Erasmus à la Société Générale qui me permettait de ne pas payer ces frais moyennant un forfait à 7 euros par mois. La plupart des étudiants Erasmus que j’ai connu ici s’organisaient en faisant des gros retraits le moins souvent possibles.